mercredi 25 juin 2014

Contes des Aînés d'Irlande (3)

ACALLAM NA SENÓRACH
Contes des Aînés d’Irlande

bilingue irlandais – français


Trad. fr. de Frédérick Morvan, d’après la trad. anglaise d’Ann Dooley et Harry Roe. Le texte de référence est celui publié par Whitley Stokes, Acallamh na Senórach in Irische Texte, Ed. Whitley Stokes et Ernst Windisch. series 4 volumes 1 (1900) pages xiv+1-438



CHAPITRE I

§ 6. Is annsin do bhói Pátraic ac cantain na canóine coimdheta, & ic etarmholadh in Dúilemhun, & ic bendachadh na rátha a roibhe Find mac Cumaill .i. Ráith Droma Deirc. Ocus at-conncatar na cléirigh dá n-indsaighi iat-sum, & ro ghabh gráin & egla iat roimh na feraibh móra cona conaibh móra leo, uair nír' lucht coimhré na comhaimsire dóibh iatt. Is and sin do éirigh in t-éo flaithemhnais & in t-uaithne airechais & in t-aingil talmaide .i. Pátraic mac Alprainn .i. apstal na n-Gaoidhel, & gabhus in t-esríat do chrothad uisci choisrictha ar na feraibh móra, uair ro bhúi míle léighionn do dheamhnaibh uas a ceannaibh conuic in lá-sin, & do-chuatar na demhna i cnocaibh & i scalpaibh & i n-imlibh na críche & ind orba uatha ar cach leath; & do shuidhedar na fir mhóra ina dheagaidh-sin.
§ 6. Patrick psalmodiait le service du Seigneur et priait le Créateur. Il jeta également une bénédiction sur la forteresse où avait vécu Finn mac Cumaill, à savoir la Forteresse de la Crête Rouge. Ses prêtres, voyant Caílte et ses hommes qui approchaient, furent saisi de peur et d’horreur à la vue de ces hommes énormes, les guerriers d’un âge ancien, avec leurs grands chiens. Alors le saumon du ciel, le pilier de dignité et l’ange sur la terre, à savoir Patrick, fils de Calpurn, l’apôtre des Irlandais, se leva et arrosa ces grands hommes d’eau bénite car, jusqu’à ce jour, mille légions de démons avaient été sur leurs têtes. Les démons s’enfuirent dans toutes les directions, dans les collines et les fissures des rochers et jusqu’aux lointaines limites du pays. Les grands hommes s’assirent alors.

§ 7. ‘Maith a m' anum’, ar Pátraic ré Cáilte, ‘(cia) comainm thú, a ócláigh?’ ‘Cá(ilte) mac Crundchon mic (Rónáin) misi’, ar se, .‘i. mac óglaigh do muinntir Fhinn meic Cumáill mhé.’ Ro bádar (na cléirigh) ac ingantus mhór acá féghadh re tréimhsi chian, & ní roiched acht co tana a tháibh nó co formna a ghualand in bh-fer ba mó dona cléirchibh don fhir dhibh-sin & iat ina súidhi.
§ 7. « Bien, mon ami », dit Patrick à Caílte, « quel nom portes-tu ? ». Il répondit : « Je suis Caílte, fils de Crundchú, fils de Rónán, de la suite de Finn mac Cumaill ». Les prêtres fixaient toujours les guerriers avec étonnement, car le plus grand des clercs n’arrivait qu’à la taille ou à l’épaule de ces grands hommes, qui étaient déjà assis.

§ 8. ‘Athchuinghidh dob áil lium-sa d' iarraid ortt, a Cháilti’, ar Pátraic. ‘Dá rabh ocum-sa do niurt nó do chumung sin do-ghébthar’, ar Cáilte; ‘ocus abair cidh edh h-í.’ ‘Topar fír-uisci d' fhagbáil inar b-fhocus annso, assa fhétfamáis tuatha Breagh & Midhi & Uisnigh do baistedh’, ar Pátraic. ‘Atá ocum-sa dhuit-si sin, a uasail & a fhíreoin!’ ar Cáilte. Ocus táncatar rompu tar cladh na rátha a(mach), & ro gab-sum lámh Pátraic ina láimh, & ní deachadur acht náoi sbáis ón dorus amach an tan it-conncatar in loch-tobar grinn glainidi ina fhiadhnaise, & ba h-adbal leo mét & reime in bhilair & ind fhochluchta ro bhói fair, & do bhói ac tabairt a thesta & a thuarascbhála, & adubairt Cáilte in laoidh ann:
§ 8. « Il y a quelque chose que je voudrais te demander, Caílte », dit Patrick. Caílte répondit : « si mon pouvoir et ma force sont suffisants, cela sera accordé. Dis moi ce que tu souhaites ». Patrick répondit : « Pourrais-tu nous trouver un puits d’eau pure à proximité, afin que nous puissions baptiser les gens de Brega, Meath et Usnagh ? ». « J’en trouverai un pour toi, ô noble et vertueux », dit Caílte. Il prit Patrick par la main et ensemble ils allèrent sur les remparts de la forteresse. Juste à neuf pas du portail, ils virent une belle source cristalline, et ils furent surpris par les épaisses pousses de cresson et de véroniques qui l’entouraient. Caílte récita ces lignes sur l’aspect et les qualités de la source :

A thobuir Trágha Dhá Bhan                   « Ô source de Tráig Dá Ban,
álaind do bhilar barr-ghlan.                     
Belles sont tes brillantes brindilles ;
ó ro tréigedh do chnuas ort                      
Ta taille fut négligée,
nír' léiced fás dot fhochlocht,                   
La véronique a multiplié.

Do bric ód bruachaibh amach                  « Truite sur tes rives,
do mhucca allta i t' fhásach,                    
Porc sauvage dans tes recoins boisés ;
doimh do chrega cháin sealga                 
Cerf sur les rochers pour la chasse,
do láigh breacca broind-dearga.              
Et faons pommelés et à la poitrine rouge.

Do mhes ós bharraibh do chrand            « Glands sur les branches de tes arbres,
t' iasc a n-indberaibh th' abhann,            
Poisson dans ton estuaire,
álaind lí do ghas n-geghair                      
Belles tes tiges d’arum,
a ghlas uaine fhoithremhail!                    
Ô flot vert de bois.

Is uait do-chuadar in Fhiann                   « C’est de toi que partirent les Fianna,
dar' marbad Coinchend coimfhial,          
Quand fut tué le généreux Coinchenn,
dar' cuiredh ár Féinde Find                     
Quand les Fianna de Finn furent massacrés,
isin mhadain ós Maolghlind.                   
Au matin au-dessus de Maelglenn.

Uait do-chuaidh Fathadh na fhledh        « C’est de toi que partit Fothad du festin,
ba laoch do fhuilnged imned,                  
Un guerrier qui souffrit chagrin ;
dá fhuair rath in talman toir                    
Il trouva une tombe dans l’est,
dar' marbhadh i cath Chlároigh.             
Quand il fut tué à la bataille de Clárad.

Táinic ós cind in tobair                            « Blaí vint à la source,
Blaói ingen Deirc Dhianscothaigh          
La fille de Derg l’éloquent,
gol ard con atha aicci                               
Hurlant pleurs et lamentations,
dar' cuiredh cath Confaiti.                       
Après la bataille de Confaite.

A(r) marbadh chon ocus fer                    « Après le massacre de chiens et d’hommes,
ar n-athchuma laoch láin-gheal               Après la blessure de brillants guerriers,
co cuala glaodh Gharaidh ghlain             Le cri de Garad fut entendu
adhaigh re taobh in topair.                      
Près de la source. »


mardi 24 juin 2014

Aspects du ternaire : les trois formes du christianisme



Aspects du ternaire :
Les trois formes du christianisme


Rappel :
Il existe une correspondance vraie entre différents « niveaux de réalité » de la manifestation, selon une structure ternaire qui provient de la nature même de la Création divine : cette structure hiérarchisée comprend, de haut en bas :

  1. un niveau non créé, non perceptible aux sens, donc indescriptible (niveau informel) ;
  2. un niveau intermédiaire créé et non directement perceptible par les sens, mais qui se manifeste par son activité (niveau formel subtil) ;
  3. un niveau matériel créé et perceptible par les sens (niveau formel grossier).

Ce ternaire fondamental est présent dans la doctrine martinéziste-martiniste (monde surcéleste, monde céleste, monde terrestre) ; dans l'anthropologie traditionnelle (Esprit/pneuma – âme/psyché – corps/soma) symbolisé dans le corps humain (tête-thorax-abdomen) ; dans le Rite Écossais Rectifié (entre autres : trois classes de l'Ordre : Profession, classe Chevaleresque, classe Maçonnique) ; dans le Temple de Salomon (Sanctuaire-Temple-Porche) ; dans les doctrines gnostiques (classement des hommes en « spirituels », « psychiques » et « hyliques ») ; dans les trois fonctions duméziliennes (fonction sacerdotale, fonction guerrière, fonction productrice), qui comportent de nombreuses applications mythologiques, sociales, médicales, poétiques, etc. On en trouve aussi des illustrations dans l'islam (haqiqa-tariqa-sharia) ou le bouddhisme (sangha-dharma-bouddha, ou encore esprit-parole-corps)...


Ce qu'on appelle « christianisme » peut être appréhendé selon cette grille. Ainsi, il existe un christianisme « religieux », un christianisme « ésotérique », « initiatique » ou « mystique », et un christianisme « en esprit et en vérité », correspondant réciproquement aux niveaux 3, 2 et 1 du ternaire fondamental.


Le christianisme « religieux »

C'est celui qui s'adresse à tous les hommes. Il est constitué de rites collectifs et individuels, des sacrements, des églises, du clergé, du patrimoine architectural et artistique, de tout ce qui est visible. Comme le corps, il est composé d'une multitude d'éléments, d'organisations, de tendances. Son mode d'expression est théologique et scolastique.

Le christianisme « ésotérique », « initiatique » ou « mystique »

Il se laisse moins bien appréhender, parce qu'il est plus caché. Comme les eaux souterraines qui ressurgissent par endroit, il se manifeste à l'occasion, on perçoit ses « effets », mais il n'apparaît pas directement au grand jour. Il comprend les doctrines et les pratiques initiatiques de l'hermétisme, du néo-platonisme, de la kabbale chrétienne et de l'illuminisme, ainsi que toutes les formes de la mystique chrétienne, des Pères grecs à Maître Eckhart, Jean de la Croix ou Thérèse de Lisieux. La franc-maçonnerie rectifiée relève de ce christianisme-là. Son mode d'expression est poétique, symbolique et théosophique.

Le christianisme « en esprit et en vérité »

C'est bien sûr celui auquel nous appelle le Christ (Jean 4, 1-26). C'est le « plus pur esprit du christianisme », qui est la réalisation en nous-même de notre nature divine, adoration du Père, culte primitif et éternel. Ce christianisme spirituel est en réalité aussi l'aboutissement de la voie bouddhique, de l'islam mystique, de la moksha hindoue. Seul ce christianisme-là est universel puisque dégagé des formes. Il n'a pas de mode d'expression, car en réalité tous les modes d'expressions sont à lui, et celui qui a reçu l'Esprit est capable de s'exprimer dans toutes les langues (Actes 2, 1-4).


Comme le corps sans l'âme, le christianisme religieux sans l'initiation n'est qu'un cadavre, et comme l'âme sans corps, l'initiation sans pratique extérieure n'est qu'un fantôme. Les deux sont liés. De même qu'il n'y a pas de rupture, de solution de continuité, entre le corps, l'âme et l'Esprit, de même les frontières internes entre les formes du christianisme ne sont pas étanches.

Par-delà la diversité des corps et des âmes, l'unité spirituelle du « plus pur esprit du christianisme », en esprit et en vérité, est ce qui « donne l'Être à tout ce qui existe ».


Contes des Aînés d'Irlande (2)

ACALLAM NA SENÓRACH
Contes des Aînés d’Irlande (2)

bilingue irlandais – français


Trad. fr. de Frédérick Morvan, d’après la trad. anglaise d’Ann Dooley et Harry Roe. Le texte de référence est celui publié par Whitley Stokes, Acallamh na Senórach in Irische Texte, Ed. Whitley Stokes et Ernst Windisch. series 4 volumes 1 (1900) pages xiv+1-438

§ 4. (Is annsin ad)ubairt Cáilte: ‘ní doilghi linde anois iná mar as éicin dúind in dá nónbar itamáit do deredh na muindtire móire maithi-sin do scaradh & do scáiledh ó chéile.’ Ro freacair Oisín sin: ‘dar mo bhréithir ámh’, ar sé, ‘ní fhuil indum-sa níth ná nertt ina n-deaghaid-sin.’ Ocus gérsat calma na fer-ógláigh ro cháisetar co dubach dobrónach do-mhenmnach maraon risin m-banfhlaith .i. re Cámha.
§ 4. Caílte dit alors : « Tout aussi pénible que ces souvenirs, est pour nous le fait que nous, les dix-huit seuls survivants de cette grande et noble compagnie, devons maintenant nous séparer. » Oisín répondit : « Je jure qu’il y aura peu d’énergie et de force en moi quand les autres s’en seront allés. » Et, bien qu’ils fussent de virils guerriers, ils pleurèrent avec la Dame Cáma, profondément et inconsolablement.

§ 5. Tucad a n-daoithin dighi & míre dhóibh, & ro bhátar teora lá & teora oidchi annsin, & do cheileabairset do Chámha iarsin, & ro ráidh Oisín:
§ 5. Ils reçurent leur content de nourriture et de boisson, et restèrent trois nuits et trois jours. Alors qu’ils prenaient congé de Cáma, Oisín récita les lignes suivantes :

Is toirrsech indíu Cámha             « Cáma est lasse aujourd’hui,
do-rála i cind a snámha.               elle est à la fin de son voyage.
Cámha gan mac is gan h-úa         Cáma est sans enfant, sans héritier,
do-rála conadh senrúa.                 le vieil âge est sur elle. »

Is andsin táncatar rompu assan bhaile imach aran fhaithche b-féraigh, & gníset comairle annsin, & as í comhairle do-rónad accu ann, scarad re chéile; & ba scaradh cuirp re h-anmain a scarad. Ocus do-rínset amhlaid-sin, uair do-chuaidh Oisín co Sídh Ochta Cleitigh, bhail a raibhe a mháthair .i. Bla inghen Déirc Dhianscothaig, & téit Cáilte roime co h-Inhdber m-Bic Loingsigh a m-Bregaibh, risi-ráidter Mainistir Droichit Átha isin tan-so .i. Bec Loingsech mac Airist i-torchair ann .i. mac ríg Rómán táinic do ghabháil Eirenn co rus-báidh tonn tuile ann h-é — & do Lind Fheic ar Bóind bhán-srothaigh, & tar Sen-Breaghmaigh bhudhes, & co Ráith Droma Deirc, áit i r-raibe Pátraic mac Alpraind.

Ils sortirent sur l’allée herbeuse pour prendre conseil, et décidèrent qu’ils devaient maintenant se séparer l’un de l’autre, et leur séparation fut comme la séparation de l’âme et du corps. Oisín alla au Síd de la Poitrine de Cleitech (Sídh Ochta Cleitigh), où vivait sa mère, Blaí, fille de Derg à la Langue rapide (Díanscothach). Caílte alla à l’Estuaire de Bec l’Exil (Inhdber m-Bic Loingsigh), où se trouve aujourd’hui le Monastère de Drogheda (Mainistir Droichit Átha). Il tenait son nom de Bec l’Exil (Bec Loingsech), qui mourut là. C’était le fils d’Airist, roi des Romains. Il était venu pour conquérir l’Irlande, mais une grande vague le noya à cet endroit. De l’estuaire, Caílte continua vers le Bassin de Fiacc (Lind Fheic), sur la Boyne au flot brillant, puis vers le sud à travers la Vieille Plaine de Brega (Sen-Breaghmaigh) jusqu’à la Forteresse de la Crête Rouge (Ráith Droma Deirc), où Patrick fils de Calpurn se trouvait alors.


(à suivre...)

Contes des Aînés d'Irlande (1)


ACALLAM NA SENÓRACH
Contes des Aînés d’Irlande

bilingue irlandais – français

Trad. fr. de Frédérick Morvan, d’après la trad. anglaise d’Ann Dooley et Harry Roe. Le texte de référence est celui publié par Whitley Stokes, Acallamh na Senórach in Irische Texte, Ed. Whitley Stokes et Ernst Windisch. series 4 volumes 1 (1900) pages xiv+1-438

§ 1. Ar tabhuirtt chatha Chomuir & chatha Gabra & chatha Ollurbha, & ar n-díthugud na Féindi, ro scáilset iar sin ina n-drongaibh & ina m-buidhnibh fo Eirinn co nár' mhair re h-amm na h-uaire-sin díbh acht madh dá óclách maithe do dereadh na Féinde .i. Oisín mac Find & Cáilti mac Crundchon, mhic Rónáin ar scíth a lúith & a lámhaigh, & dá naonmar óclách maraon riú, & táncatar in dá naonmar laoch sin a h-imlibh Shléibhe Fuait fond-scothaigh foithremhail co Lughbhartaibh Bána amach, risa n-abar Lughbhudh isin tan-so, & do bhádar co dubach do-mhenmnach ann re fuinedh néll nóna in oidchi-sin.

§ 1. Après les batailles de Commar, Gobair et Ollarba, les Fianna furent détruits. Les survivants se dispersèrent en petites troupes à travers l’Irlande et, à l’époque où notre histoire commence, deux seulement des nobles des anciens Fianna étaient encore vivants, à savoir Oisín, le fils de Finn fils de Cumall, et Caílte, le fils de Crundchú, fils de Rónán. A cette époque, leur ancienne adresse au combat avait fort décliné. Seize des guerriers fianna voyageaient avec eux à travers les pentes boisées et fleuries des Fews (Shléibhe Fuait). Un soir, ils avaient atteint le Jardin des Herbes Claires (Lughbhartaibh Bána), appelé aujourd’hui Louth (Lughbhudh), et ils s’assirent là, au coucher du soleil, pleins de regret et de désespoir.

§ 2. Is annsin adubairt Cailte re h-Oisín: ‘maith, a anum, a Oisín, cá conair no rachmais riá n-deóidh laoi d' íarraidh áighedechta na h-oidhchi so?’ ‘Ní fhetar ón’, ar Oisín,‘ó nach maireann do shenaibh na Féinde & do shen-mhuindtir Fhind mhic Chumhaill acht triar amháin .i. misi & tusa, á Cháilti, & Cámha in bhanfhlaith & in ban-choimétaidh ro bhúi ac coimhét Fhind mhic Cumhaill ón uair fa macaem h-é gusin laithe a fuair bás.’ ‘Dligmít feis dithat na h-aidchi-so di’, ar Cáilte, ‘uair ní h-éiter a rímh ná a aisnéis in mhéit ro thoirbir in flaith-féindidh Find di-si do shétaibh & do mháinibh re taobh in treas sét is ferr fuair Find riam do thabairt di .i. in t-Anghalach, cornn tuc Moríath ingen ríg mhara Grég do Fhind, & tuc Find do Chámha.’
§ 2. Caílte dit alors à Oisín : « Eh bien, bon Oisín, où irons-nous, avant la fin du jour, afin de trouver quelque hospitalité pour la nuit ? ». « Cela, je ne le sais », dit Oisín, « car, des anciens des Fianna, les vieux compagnons de Finn mac Cumaill, seuls restent trois d’entre nous : moi, et toi, Caílte, et la Dame et Gardienne Cáma, qui veilla sur Finn depuis son enfance et jusqu’à l’ultime jour de sa mort. » « Nous pouvons certainement attendre d’elle l’hospitalité pour ce soir », dit Caílte, « car personne ne saurait décrire les dons et les trésors que Finn, le Seigneur des Fianna, lui offrit. Il lui donna même la corne à boire Angalach, un des trois meilleurs trésors qui lui vinrent jamais, que Móriath, la fille du Roi des Mers des Grecs, donna à Finn, et Finn à Cáma. »

§ 3. Ocus fuaradar feiss na h-oidchi-sin ac Cámha, & ro fhiarfaig díbh a n-anmanda, & ro indsetar di, & ro chái annsin frasa díchra dér, & ro fhiarfaigset scéla d' aroile ainn-séin, & táncatar iarsin isin teach leaptha ro h-órdaiged dóibh, & ro bhói in bhanfhlaith .i. Cámha, ac órdugud a cotach .i. núa cacha bídh & sen cacha dighi, do thabairt dóibh: uair rob aithnídh di-ssi mar do biadtái a samhla-sumh, & rob aithnidh di fóss in ní bud dáoithin d' Oisín & do Cháilti co menic roime-sin. Ocus ro éirigh sí co h-anmfhann étláith, & ro bói ac imrádh na Féinde & Fhind mic Cumaill, & táin(ic sí) tar imrád Oscair mhic Oisín & tar Mac Lugach, & tar chath (Gabra & aroile). Ocus ro mhuidh tocht mór orro-sumh uime-sin.
§ 3. Cáma leur offrit le gîte pour la nuit, et leur demanda qui ils pouvaient bien être. Quand ils lui dirent leurs noms, elle versa des larmes nombreuses et amères. Chacun interrogea l’autre sur les nombreuses années qui avaient passé depuis leur dernière rencontre ; après quoi ils se rendirent dans la salle des hôtes, qu’elle avait approvisionnée. La Dame Cáma leur avait apporté les nourritures les plus fraîches, avec les plus vieux vins. Elle savait bien comment ces hommes avaient été nourris dans les anciens jours, et aussi la grande quantité de nourriture dont Oisín et Caílte avaient besoin. Aussi faible et impotente fût-elle, elle parla avec eux des Fianna, et de Finn mac Cumaill, ainsi que d’Oscar, fils d’Oisín, de Mac Lugach, de la bataille de Gabair, et d’autres sujets. Leurs souvenirs firent tomber sur eux un grand silence.


(à suivre...)

mardi 3 juin 2014

Hermès Trismégiste


Hermès Trismégiste



Hermès Trismégiste (« Trois fois grand ») est un sage mythique de la tradition gréco-égyptienne, hellénistique. Assimilé au dieu égyptien Thot, il est le rassembleur, et le scribe des dieux, inventeur de l'écriture hiéroglyphique.

Pour Clément d'Alexandrie (Stromates VI,4), Hermès Trismégiste est l'auteur de quarante-deux livres, collectivement appelés « Hermetica », et dont les plus importants sont regroupés dans le Corpus Hermeticum. L'ensemble regroupe des textes occultistes, écrits dès le IIIe s. av. J-C., mis en circulation dès le Ier s. av. J.-C., traitant d'astrologie (IIIe-IIe s. av. J.-C.), d'alchimie (IIe-Ier s. av. J.-C.), de magie (IVe-VIIes.), de botanique magique, de médecine occulte, et des textes philosophiques, élaborés dès la fin du Ier s. Il s'agit d'un syncrétisme entre la philosophie grecque (platonicienne et néo-platonicienne), et les croyances de l’Égypte hellénistique, de provenance juive, perse, chaldéenne et égyptienne. « Ces écrits sont essentiellement le produit de néoplatoniciens égyptiens qui subissaient la nette influence du stoïcisme, du judaïsme, de la théologie persane et, peut-être, des croyances égyptiennes indigènes, en même temps, bien sûr, que celle de Platon, surtout le 'Timée'. » (Bloomfield)

Dans les années 1460, quelques traités hermétiques sont rapportés à Florence et traduits du grec, à la demande de Côme de Médicis, par Marsile Ficin. Ces textes connaîtront un véritable succès, et inspireront jusqu'à nos jours l'ésotérisme occidental.

Parmi eux, la Table d’Émeraude est sans aucun doute le plus célèbre :

Verum, sine mendacio, certum et verissimum : quod est inferius est sicut quod est superius; et quod est superius est sicut quod est inferius, ad perpetranda miracula rei unius. Et sicut omnes res fuerunt ab uno, mediatione unius, sic omnes res natae fuerunt ab hac una re, adaptatione. Pater ejus est Sol, mater ejus Luna; portavit illud Ventus in ventre suo; nutrix ejus Terra est. Pater omnis telesmi totius mundi est hic. Vis ejus integra est si versa fuerit in terram. Separabis terram ab igne, subtile a spisso, suaviter, cum magno ingenio. Ascendit a terra in coelum, iterumque descendit in terram, et recipit vim superiorum et inferiorum. Sic habebis gloriam totius mundi. Ideo fugiet a te omnis obscuritas. Hic est totius fortitudine fortitudo fortis; quia vincet omnem rem subtilem, omnemque solidam penetrabit. Sic mundus creatus est. Hinc erunt adaptationes mirabiles, quarum modus est hic. Itaque vocatus sum Hermes Trismegistus, habens tres partes philosophiæ totius mundi. Completum est quod dixi de operatione Solis.

Il est vrai sans mensonge, certain & très véritable. Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut: & ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose. Et comme toutes les choses ont été, & sont venues d'un, par la médiation d'un : ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l'a porté dans son ventre ; la terre est sa nourrice. Le père de tout le telesme de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, Si elle est convertie en terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel, & derechef il descend en terre, & il reçoit la force des choses supérieures & inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; & pour cela toute obscurité s'enfuira de toi. C'est la force forte de toute force: car elle vaincra toute chose subtile, & pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront & sortiront d'admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C'est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j'ai dit de l'opération du soleil est accompli, & parachevé.



vendredi 2 mai 2014

Lebor Gabala Erenn (5)

"Cessair", par Jim Fitzpatrick

§26. Cessons [à ce point] d'évoquer les histoires des Gaedils, afin que nous puissions parler des sept peuples qui prirent l'Irlande avant eux. Cessair, fille de Bith, fils de Noé la prit, quarante jours avant le Déluge. Partholon, fils de Sera, trois cents ans après le Déluge. Nemed, fils d'Agnomain des Grecs de Scythie, à la fin de trente années après Partholon. Ensuite les fir Bolg. Ensuite les Fir Domnann. Ensuite les Gailioin [ou bien, avec eux]. Ensuite les Tuatha De Danann. [Les Fils de Mil ensuite, comme le dit Fintan]. Unde Fintan cecinit, 
L'Irlande – quoi qu'on m'interroge,
Je la connais convenablement,
Chaque prise qui l'ait prise
Depuis le début du monde mélodieux.

Cessair vint de l'Est
La femme était fille de Bith :
Avec ses cinquante jeunes filles,
Avec ses trois hommes.

Le Déluge recouvrit Bith dans sa montagne,
Ce n'est pas un secret ;
Ladra à Ard Ladrand,
Cesssair dans sa Retraite..

Mais en ce qui me concerne, Il m'ensevelit,
Le Fils de Dieu, au-dessus de la compagnie,
Il ôta le Déluge de moi
Au-dessus du lourd Tul Tuinde.

J'eus une année sous le Déluge,
Dans le fort Tul Tuinde,
Je ne trouvai rien pour ma subsistance,
Un sommeil ininterrompu valait mieux.

J'étais en Irlande ici,
Mon voyage durait infiniment,
Jusqu'à ce que Partholon arrive,
De l'Est, du pays des Grecs.

J'étais ici en Irlande,
Et l'Irlande était déserte,
Jusqu'à ce que le fils d'Agnomain accoste, Nemed,
A la brillante manière.

Les Fir Bolg et les Fir Gailian vinrent,
C'était il y a longtemps ;
Les Fir Domnann vinrent,
Ils accostèrent un cap dans l'ouest.

Ensuite vinrent les Tuatha De,
Dans leur masse de brouillard,
Si bien qu'il y eut subsistance pour moi,
Bien que ce soit une longue vie.

Les fils de Mil vinrent d'Espagne,
Du sud, si bien qu'il y eut
Subsistance pour moi de leurs mains,
Bien qu'ils fussent forts en bataille.

J'ai hérité d'une longue vie,
Je ne le cacherai pas ;
Jusqu'à ce que la Foi me submerge,
Du Roi du Ciel des nuages.

Je suis Fintan le blanc, fils de Bochra,
Je ne le cacherai pas ;
Depuis le Déluge je suis ici,
Un noble et grand sage.

§27. Incipit de Les Prises de l'Irlande. Ensuite Cessair fille de Bith, fils de Noé la prit, ut poeta dixit, quarante jours avant le Déluge.
Voici la raison de sa venue, la fuite du Déluge, car Noé leur dit : “Levez-vous, dit-il, [et allez] à la limite occidentale du monde, peut-être le Déluge ne l'atteindra pas”.

§28. L'équpage de trois navires arriva à Dun na mBarc dans le territoire de Corco Daibne. Deux des navires furent naufragés. Cessaie, avec l'équipage de son navire, s'échappa, cinquante femmes et trois hommes : Bith, fils de Noé, d'où Sliab Betha [est nommée] – là il fut enterré, dans le grand tertre de pierre de Sliab Betha ; Ladra le pilote, d'où est Ard Ladran – il est le premier homme mort qui alla sous le sol d'Irlande ; Fintan, fils de Bochra, d'où la “Tombe de Fintan” sur Tul Tuinde. Cessair mourut à Cul Cessrach en Connacht, avec ses cinquante servantes.

§29. Voici leurs noms, ut Fintan cecinit :

Une juste division nous avons opérée entre nous,
moi-même et Bith et Ladra le chauve,
Pour la paix et pour la raison elle fut faite,
en matière de cinquante magnifiques jeunes filles.

Dix-sept femmes je pris, y compris Cessair -
Lot, Luam, Mall, Mar, Froechar, Femar, Faible, Foroll,
Cipir, Torrian, Tamall, Tam, Abba, Alla, Baichne, Sille : 
C'est le récit de ce que nous étions alors.


Dix-sept prit Bith, avec Bairrfhind -
Sella, Della, Duib, Addeos, Fotra, Traige, Nera, Buana,
Tamall, Tanna, Nathra, Leos, Fodarg, Rodarg, Dos, Clos:
qu'on entende – c'était elles notre peuple.


Seize ensuite avec Ladra :
Alba, Bona, Albor, Ail, Gothiam, German, Aithne,
Inde, Rodarg, Rinne, Inchor, Ain, Irrand, Espa, Sine, Samoll:
C'était notre agréable compagnie.

Aucun de la semence d'Adam ne prit l'Irlande avant le Déluge, si ce n'est ceux-là.

jeudi 1 mai 2014

Lebor Gabala Erenn (4)



§22. Brath fils de Death fils d'Ercha fils d'Allot fils de Nuadu fils de Nenual fils de Febri Glas fils d'Agni find fils d'Eber Glunfhind fils de Lamfhind fils d'Agnomain fils de Tat fils d'Agnomain fils de Boamain fils d'Eber Scot fils de Sru fils d'Esru fils de Gaedel Glas fils de Nel fils de. Feinius Farsaid: 
C'est ce Brath qui sortit des Marais le long de la mer Torrienne, vers la Crète et la Sicile. Ils atteignirent ensuite l'Espagne. Ils prirent l'Espagne par la force.


§23. En ce qui concerne Agnomain fils de Tat, il est le chef des Gaedil qui sortirent de Scythie. Il avait deux fils, Lamfhind et Allot. Lamfhind avait un fils, Eber Glunfhind. Allot avait un fils, Eber Dub1, à l'époque du séjour dans les Marais. Ils eurent deux petits-fils en gouvernement conjoints, Toithecht fils de Tetrech fils d'Eber Dub, et Nenual fils de Fabri, fils d'Agni fils d'Eber Glunfhind. Il y avait aussi Soithecht, fils de Mantan, fils de Caicher.

Ucce et Occe, deux fils d'Allot fils de Nenual fils de Nemed fils d'Allot fils d'Ogamain fils de Toithecht fils de Tetrech fils d'Eber Dub fils d'Allot.

§24. Forts de quatre compagnies de navires les Gaedils vinrent en Espagne. Dans chaque navire quatorze couples mariés et sept serviteurs célibataires. Brath, une compagnie de navires, Ucce et Occe, deux compagnies de navires [Ils étaient deux frères, les fils d'Allot fils de Nenual, fils de Nemed, fils d'Allot, fils d'Ogamin], Mantan [fils de Caicher le druide, fils d'Ercha, fils de Coemthecht] une compagnie de navires. Or ils livrèrent trois batailles après être allés en Espagne : une bataille contre les Tosques, une bataille contre les Lombards, et une bataille contre les Barchu. Mais il y eut une peste parmi eux, et vingt-quatre d'entre eux moururent, y compris Occe et Ucce. Personne n'échappa de leurs deux navires, sauf deux fois cinq hommes, y compris En fils d'Occe et Un fils d'Ucce.

§25. Brath avait un bon fils nommé Breogan, par qui fut construite la Tour et la ville – Bragance était le nom de la ville. C'est de la Tour de Breogan qu'on vit l'Irlande ; au soir d'un jour d'hiver, Ith fils de Breogan la vit. Unde Gilla Coemain cecinit--

Gaedel Glas, d'où viennent les Gaedil,
Il était le fils de Nel, avec des réserves de richesses ;
Il était puissant d'ouest en est ;
Nel, fils de Fenius Farsaid.

Fenius avait deux fils – je parle vrai -
Nel notre père et Nenual,
Nel éait né à la tour dans l'est,
Nenual en Scythie, brillante comme un bouclier.

Après Fenius, le héros de l'océan,
Il y eut une grande dispute entre les deux frères :
Nel tua Nenual, qui n'était pas doux ;
Le Haut Roi fut expulsé.

Il alla en Egypte par sa valeur
Jusqu'à atteindre le puissant Pharaon ;
Jusqu'à ce qu'il lui accorde Scota, à la beauté sans limite
La modeste et simple fille de Pharaon.

Scota porta un fils au noble Nel,
D'où est née une noble et parfaite race :
Gaedel Glas fut le nom de cet homme -
Ses armes et sa vêture étaient verts.

Le féroce Esru fut son fils,
qui fut un seigneur aux lourdes armes ;
Le fils d'Esru, Sru des anciennes armées,
A qui il est convenable d'attribuer tout la gloire.

Sru, fils d'Esru, fils de Gaedel,
Notre ancêtre, se réjouissant des troupes,
C'est lui qui alla au nord vers sa maison,
Sur la rouge Mare Rubrum.

Les équipages de quatre navires, voilà le compte
De son armée le long de la rouge Mare Rubrum :
Dans sa maison de planches, dirions-nous,
Vingt-quatre couples mariés.

Le prince de Scythie, c'est un fait établi,
Le jeune dont le nom était Nenual,
C'est alors qu'il mourut dans sa maison -
Quand les Gaedil arrivèrent.

Eber Scot des héros assuma la royauté
Sur la descendance de Nenual, sans honte,
Jusqu'à sa chute, sans noble gentillesse,
Des mains de Noemius, fils de Nenual.

Le fort fils d'Eber, ensuite, qui portait le nom de Boamain,
De parfaite pureté, jusqu'à la côte
De la Caspienne il fut roi,
Jusqu'à sa chute de la main de Noemius.

Noemius, fils de Nenual de la Force
S'établit en Scythie, carrelé comme un bouclier ;
Le parfait beau prince tomba
De la main d'Ogamain, fils de Boamain.

Ensuite Ogamain fut prince
Après Noemius de bonne force ;
Jusqu'à ce qu'il tombe dans son territoire, sans église.
Après lui Refill fut roi.

Ensuite refill tomba par
La main de Tat, fils d'Ogomain ;
Tat tomba, bien qu'il ne fût pas faible,
Par la main de Refloir, fils de Refill

Refloir et Agnomain, sans défaut,
Furent en dispute pendant sept années,
Jusqu'à ce que Refloir tombe en tumulte,
De la main victorieuse d'Agnomain.

Noinel et Refill, avec une pointe [de lance]
Deux fils de Refloir, fils de Refill,
Ils jetèrent Agnomain sur la mer démontée,
Grande et verte.

Bons étaient les chefs, c'était suffisant,
Qui sortirent de Scythie ;
Agnomain, Eber, sans défaut,
Les deux fils de Tat, fils d'Ogamain.

Allot, Lamfhind à la main verte,
C'est évident, les deux fils du très brillant Agnomain,
Caicher et Cing, gloire avec victoire
Les deux bons fils d'Eber à la monture rouge.

Le nombre de leurs navires,
Trois navires surmontant les lourdes vagues,
Trois troupes de chaque bateau,
C'est clair, et des femmes chaque troisième équipage.

Agnomain mourut, ce n'es tpas un reproche,
Dans les îles de la grande Mer Caspienne.
L'endroit où ils furent durant un an,
Il le trouvèrent très secret.

Ils atteignirent la pleine Mer Libyenne,
Navigation de six jours entiers d'été ;
Glas, fils d'Agnomain, qui n'était pas méprisable,
Mourut là en Cercina.

Une belle île ils trouvèrent là
Sur la Mer Libyenne aux lames de guerriers ;
Une saison sur une année, avec gloire,
Ils séjournèrent dans cette île.

Ils naviguent sur la mer,
c'est un acte brillant, de jour comme de nuit ;
Le brillant des mains du glorieux Lamfhind
Etait semblable à de belles chandelles.

Quatre chefs ils avaient, qui n'étaient pas méprisables,
Après être venus sur la Mer Libyenne :
Allot, Lamfhind, rapide sur l'océan,
Cing et son frère, Caicher.

Caicher trouva un remède pour eux
Là-bas pour la mélodie des sirènes.
Voici le remède que trouva le beau Caicher :
Fondre de la cire dans leurs oreilles.

Ils trouvèrent une source et un pays
Au cap Rhipéen de grand pouvoir,
Qui avait alors le goût du vin ;
La soif les vainquit puissamment.

Bruyamment, bruyamment ils dormirent
Jusqu'à la fin de trois jours, sans tristesse,
Jusqu'à ce que Caicher le druide fidèle
Eveille les hommes nobles, impatiemment.

C'est Caicher (brillante réalisation !)
qui fit une prophétie pour eux,
Aux monts Rhipéens, au cap,
“Nous n'aurons pas de repos avant l'Irlande”.

“En quel endroit se trouve la noble Irlande ?”
dit Lamfhind le violent guerrier.
“Très loin”, dit alors Caicher,
“Ce n'est pas nous qui l'atteindrons, mais nos enfants”.

Ils avancèrent en bataillon, pleins de venin
Vers le sud au-delà du cap des Thipéens :
La progéniture de Gaedel, avec pureté
Ils abordèrent dans les Marais.

Un fils glorieux naquit là
A Lamfhind, fils d'Agnomain ;
Eber Glunfhind, pur griffon,
Grand-père aux cheveux bouclés de Febri.

La famille de Gaedel, le rapide et blanc,
ils furent trois cents ans dans ce pays ;
ils demeurèrent là désormais,
Jusqu'à la venue de Brath le victorieux.

Brath, le noble fils à la mort fidèle,
Vint en Crète, en Sicile,
L'équipage de quatre navires, navigation sauve,
L'Europe à main droite, droit sur l'Espagne.

Occe et Ucce sans défaut,
Les deux fils d'Allot, fils de Nenual ;
Mantan, fils de Caicher, fidèle Brath,
Ils étaient les quatre chefs.

Quatorze hommes avec leurs femmes
faisaient l'équipage de chaque navire plein de guerriers,
et six nobles serviteurs ;
Ils gagnèrent trois batailles en Espagne.

Noble la première bataille – je ne le cacherai pas
- qu'ils gagnèrent contre l'armée des Tosques ;
Une bataille contre les Bachra, avec violence,
Et une bataille contre les Lombards.

C'est après la sinistre bataille
Qu'il leur vint une peste d'un jour :
Les gens des navires des fils d'Allot
Sans faute moururent sauf dix personnes.

Un et En s'en sortirent,
Deux nobles fils des forts chefs :
Ensuite naquit Bregon,
Père de Bile le fort, l'enragé.

Il livra un grand nombre de conbats et de batailles
Contre les armées multicolores d'Espagne ;
Bregon aux cris d'actions valeureuses,
Des combats, par qui fut construite Brigantia.

Bregon, fils de Brath, noble et bon,
Il avait un fils, Mil ;
Les sept fils de Mil – bonne est leur troupe -
Y compris Eber et Eremon.

Avec Dond, et Airech des batailles,
Y compris Ir, avec Arannan,
Y compris Amorgen au brillant visage,
Et avec Colptha de l'épée.

Les dix fils de Bregon, sans fausseté,
Brega, Fuat, et Murthemne,
Cualnge, Cuala, renom où qu'il soit.
Ebleo, Nar, Ith et Bile

Ith, fils de Bregon au nom mélodieux,
Vint le premier en Irlande :
Il est le premier des hommes à l'habiter,
De la noble semence du puissant Gaedil.



1 Noter le symbolisme des deux branches : Eber aux genoux blancs est le cousin d'Eber le sombre. On retrouvera ce symbolisme des deux couleurs plus tard.